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La nouvelle loi 2024 et le spectre des vieilles OQTF

La nouvelle loi 2024 et le spectre des vieilles OQTF

Introduction : Quels risques pratiques pour une ancienne OQTF adoptée avant la loi Immigration du 26 janvier 2024

 

Le droit de l’immigration est en constante évolution, avec des lois votées qui modifient souvent les conditions de séjour, d’éloignement, et de rétention. La loi « Immigration » du 26 janvier 2024 a introduit des changements majeurs, notamment concernant la durée maximale des OQTF.

Une question cruciale se pose : comment appliquer les règles d’une nouvelle loi à une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) qui a été prise il y a plusieurs années et qui n’a jamais été exécutée ?

C’est à cette épineuse question que la Cour de cassation, dans un arrêt récent (Cass. 1ère civ., avis, 20 nov. 2024, n° 24-70.005), vient d’apporter des éclaircissements fondamentaux.

 

1. Le principe de non-rétroactivité face aux OQTF

Le droit français est régi par le principe de la non-rétroactivité de la loi (Article 2 du Code civil). Cela signifie qu’une loi nouvelle ne doit pas remettre en cause des situations juridiques définitivement établies sous l’empire de la loi ancienne.

Dans le cas des OQTF, ce principe prend une tournure particulière :

* L’OQTF est une décision administrative : Elle ne prend pas la nature d’une peine (où la loi pénale la plus douce est rétroactive), mais celle d’un acte administratif qui produit des effets juridiques.

* La Cour de cassation confirme : Une OQTF, même ancienne, conserve sa validité tant qu’elle n’est pas annulée par le juge ou abrogée par l’administration.

Par conséquent, si une OQTF a été prise avant l’entrée en vigueur de la loi de 2024, elle continue d’exister selon les règles de la loi en vigueur au moment de son édiction.

 

2. Le cœur du débat : La rétention et l’application immédiate de la loi nouvelle

Toutefois, la situation change lorsque l’administration décide de placer l’étranger en rétention administrative en vue de son éloignement. La rétention est une mesure coercitive et d’urgence.

La loi de 2024 (via les articles L. 731-1 et L. 741-1 du CESEDA) a introduit une nouvelle règle clé : l’administration ne peut plus placer en rétention un étranger visé par une OQTF prise depuis plus de trois ans à la date de son placement, et qui n’a jamais été exécutée.

L’avis de la Cour de cassation est très clair :

La Cour juge que cette nouvelle disposition (le « délai de trois ans ») s’applique immédiatement aux décisions de placement en rétention prises après l’entrée en vigueur de la loi de 2024, et ce, même si l’OQTF est plus ancienne.

* Pourquoi ? Le placement en rétention est considéré comme une situation juridique nouvelle et en cours, et non comme l’effet d’une situation passée.

Les conditions d’une mesure de contrainte doivent être régies par la loi en vigueur au moment où cette contrainte est exercée.

> Exemple concret : Une OQTF est prise en janvier 2022. L’administration ne l’exécute jamais. En avril 2025 (soit plus de trois ans après l’OQTF), l’administration tente de placer l’étranger en rétention. Le placement est impossible en vertu de la loi de 2024, car l’OQTF date de plus de trois ans.

 

3. L’OQTF, un titre qui se périme pour la rétention

En conclusion, l’OQTF en elle-même ne perd pas sa validité, mais la nouvelle loi lui enlève sa force exécutoire si elle est trop ancienne.

* L’OQTF de plus de trois ans non exécutée reste juridiquement valide comme une décision d’éloignement.

* Cependant, elle ne peut plus servir de fondement à une mesure de placement en rétention administrative. L’administration perd donc l’un de ses principaux leviers pour obtenir l’éloignement de l’étranger.

Cette clarification du plus haut juge judiciaire est essentielle : elle offre une sécurité juridique aux étrangers dont l’OQTF n’a pas été exécutée rapidement, et contraint l’administration à faire preuve de diligence dans l’exécution de ses décisions d’éloignement.

 

Sources :

* Cass. 1ère civ., avis, 20 nov. 2024, n° 24-70.005

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